CONAKRY — Près de 4,6 millions de tonnes de bauxite auraient été exportées par AGB2A-GIC depuis le début de l’année 2026, selon des données attribuées à SMM. Ces exportations interviennent alors que le périmètre concerné reste au cœur d’un contentieux minier impliquant plusieurs acteurs privés et l’État guinéen.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à l’origine du projet et au rôle joué par African Bauxite Corporation (ABC) dans son développement.

L’histoire du projet remonte aux activités d’Eurasian Resources Mining (ERM), société détenue à 100 % par ABC.

Entre 2017 et 2018, plusieurs sociétés sont créées pour développer les différentes composantes du projet, notamment Port Kokaya, Boffa Corridor, Rio Pongo Channel Management et ERM. L’objectif est de mettre en place une chaîne intégrée comprenant l’exploitation minière, les routes, le corridor d’évacuation et les infrastructures portuaires.

ABC engage alors plusieurs études géologiques, géotechniques et d’ingénierie. Les premiers travaux liés au port de Kokaya sont également entrepris avec la participation de SD Mining.

En 2018, African Bauxite Corporation est constituée à Londres et devient la société mère de plusieurs entités engagées dans le développement du projet.

À cette période, le projet dispose donc déjà de plusieurs composantes minières et logistiques, bien avant la création d’AGB2A-GIC.

En février 2019, ABC et SD Mining concluent un accord de partenariat prévoyant un investissement de 36,6 millions de dollars de la part de SD Mining, en échange de 42 % du projet, ABC conservant 58 %.

Le projet comprend alors bien plus que l’exploitation de la bauxite. Il prévoit notamment le développement du port multi-utilisateurs de Kokaya, des infrastructures routières, du corridor d’évacuation ainsi que les études et équipements nécessaires à la chaîne logistique.

ABC affirme avoir investi plusieurs années de travaux et de ressources dans le développement des projets Axis et GBT.

La configuration du projet évolue ensuite avec l’arrivée de Guinea Investment Corporation (GIC) aux côtés de SD Mining et la création d’AGB2A.

ABC conteste cette réorganisation. La société soutient avoir été remplacée par GIC dans le partenariat conclu avec SD Mining et affirme que certains travaux et investissements réalisés avant cette restructuration ont été intégrés au nouveau dispositif.

Après le changement de gouvernement en 2021, SD Mining indique aux nouvelles autorités qu’ABC était le partenaire initial du projet avant son remplacement par GIC. Une réunion est organisée entre les différentes parties et le ministère des Mines, mais aucun règlement définitif n’est trouvé.

Le différend se poursuit ensuite devant les juridictions guinéennes.

Parallèlement, les intérêts de GIC et de SD Mining évoluent séparément, avec la constitution de deux structures : AGB2A-GIC et AGB2A-SDM, intervenant sur des zones liées aux projets GBT et Axis.

En 2025, les autorités guinéennes retirent le permis minier détenu par Axis Minerals. La décision ouvre une nouvelle phase dans le dossier.

Axis conteste ce retrait et engage une procédure contre l’État guinéen, avec une demande d’indemnisation annoncée à 21 milliards de dollars.

Dans le même temps, AGB2A-GIC poursuit ses activités sur une partie du périmètre concerné.

Depuis le début de 2026, près de 4,6 millions de tonnes de bauxite auraient ainsi été exportées par AGB2A-GIC, selon des données attribuées à SMM.

Ces volumes placent au premier plan la question du cadre dans lequel ces opérations sont réalisées : quelles autorisations, pour quels périmètres et dans quelle articulation avec l’ancien permis Axis ?

Derrière les volumes exportés aujourd’hui se trouve donc une histoire qui remonte à plusieurs années et qui implique des investissements, des partenariats et des infrastructures développés avant la création d’AGB2A-GIC.

Pour African Bauxite Corporation, l’enjeu est notamment de faire reconnaître les investissements qu’elle affirme avoir réalisés dans le développement initial du projet, ainsi que les intérêts économiques qu’elle estime avoir perdus lors de la restructuration du partenariat avec SD Mining.

Pour l’État guinéen et les autres acteurs concernés, le dossier soulève plus largement des questions liées à la sécurisation des titres miniers, à la protection des investissements et à la continuité juridique des projets lorsque les partenaires ou les droits miniers évoluent.

Ainsi, les 4,6 millions de tonnes exportées en 2026 ne constituent qu’un épisode récent d’un dossier commencé plusieurs années auparavant. Pour comprendre pleinement la situation actuelle, il reste nécessaire de retracer l’évolution des droits, des partenariats et des investissements ayant conduit du projet initial porté par ABC à la configuration actuelle d’AGB2A-GIC.

Par Lass Yans