Ces derniers temps, plusieurs articles ont été publiés au sujet d’Ahmed Kanté et des affaires judiciaires dans lesquelles il est impliqué. À la lecture de ces publications, deux tendances se dégagent clairement.

La première regroupe les articles issus de la campagne médiatique orchestrée par Ahmed Kanté lui-même, cherchant désespérément à convaincre l’opinion publique de son innocence, à faire croire que toutes les charges contre lui ont été abandonnées, qu’il a triomphé de ses adversaires et qu’il est prêt à de nouveaux « exploits ».

La seconde catégorie, quant à elle, se fonde sur les faits concrets et dresse un état des lieux des procédures pénales existantes à son encontre : les accusations, les étapes judiciaires franchies et la durée des procédures en cours.

Après analyse, il ressort que les poursuites engagées contre Ahmed Kanté durent depuis près de trois ans et ont déjà atteint un stade significatif — une situation sans précédent dans le pays.

Un ancien haut fonctionnaire, accusé d’avoir abusé de sa position pour escroquer des investisseurs et ses anciens associés, a été formellement inculpé par le parquet dans une affaire et jugé en première instance. Dans une seconde affaire, l’enquête est toujours en cours, la cour d’appel ayant confirmé qu’il devait être poursuivi pour abus de confiance.

Dans le premier dossier, le jugement de première instance a tourné en faveur de Kanté. Cependant, plusieurs faits méritent d’être soulignés :

1. C’est la première fois qu’un ancien haut responsable est jugé publiquement. Tous les éléments de preuve – documents, photographies, correspondances, témoignages – ont été rendus accessibles à la presse par la partie civile. Kanté et ses proches, pour leur part, se sont contentés de démentis, sans produire ni témoin, ni document probant.

2. La décision du juge a contredit les réquisitions du procureur, qui avait demandé la peine maximale prévue pour le délit reproché. Ce verdict, surprenant, a annulé deux années d’enquête minutieuse, suscitant des interrogations : pourquoi un tel jugement, alors que l’accusé n’a fourni aucune preuve et que de nombreux éléments attestent de sa culpabilité ?

3. Juste après le verdict, Kanté a organisé une conférence de presse pour proclamer son innocence, se présentant comme un homme blanchi par la justice. Or, il a omis de préciser que, dans la foulée, le procureur de Kaloum a interjeté appel, tout comme Madame Lorcy, partie civile, qui a également saisi la CRIEF (Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières) pour contester la décision de classement de son dossier.

Ce double discours visait un objectif clair : convaincre l’État et ses partenaires potentiels qu’il est irréprochable afin d’obtenir de nouveaux agréments miniers. Une manœuvre qui s’apparente, selon certains observateurs, à une nouvelle tentative d’abus de confiance, cette fois envers l’opinion publique et les institutions de la République.

Entre-temps, l’appel introduit par Madame Lorcy a été accepté, relançant les poursuites au niveau de la CRIEF. Les préparatifs pour une audience en appel au Tribunal de Kaloum sont en cours.

Face à cette évolution, Ahmed Kanté semble rejeter toute responsabilité et a lancé une nouvelle offensive médiatique, destinée à se présenter une fois encore comme une victime d’acharnement.

Pourtant, derrière cette communication de façade, la réalité judiciaire est implacable. Kanté, autrefois puissant, n’est plus un acteur protégé du système. Depuis son départ de la fonction publique, le « parapluie institutionnel » dont il bénéficiait n’existe plus. Le système judiciaire s’est retourné contre lui, étape par étape : gendarmerie, police, puis juges d’instruction ont successivement conduit les enquêtes qui ont abouti à son inculpation pour abus de confiance et concurrence déloyale.

Le procès, ouvert au public, a suscité un grand intérêt médiatique et façonné une image dégradante de l’ancien haut fonctionnaire, désormais perçu comme un homme de mauvaise foi aussi bien par ses partenaires que par les autorités guinéennes.

Aujourd’hui, la stratégie d’Ahmed Kanté semble relever de la fuite en avant. Il veut se poser en victime, se donner le rôle du juge et dicter sa propre version de la vérité.

Mais cette posture ne change rien à la réalité : le processus judiciaire suit son cours, indépendamment de ses déclarations.

Kanté semble vivre dans l’illusion que son seul discours suffira à effacer les faits. Il méprise la justice guinéenne, pensant qu’il lui suffit de clamer « Je suis innocent » pour que tout le monde s’incline.

Or, la justice de la République de Guinée a pris une autre direction : nul n’est au-dessus de la loi. Ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est plus un affrontement entre Ahmed Kanté et ses anciens partenaires, mais entre Ahmed Kanté et l’État, représenté par deux procureurs du gouvernement guinéen. Et cela, ce n’est plus un jeu. C’est une affaire sérieuse.